Contexte. L’Etat du Sénégal, depuis la création de l’université de Dakar, a accordé une
autonomie quasi-totale à l’université sénégalaise. Autonomie que nos universités ont exercée sans
réserve sur les plans administratif, financier, pédagogique et scientifique, jusqu’au moment où
l’Etat, en 2011, a senti la nécessité de réformer leur gouvernance en les ouvrant au monde
socioéconomique. Ceci dans un triple souci de modernisation, axée sur la transparence, du mode
de gestion, d’amélioration de l’efficacité externe de nos universités, et d’unification du cadre
législatif qui les régit. Nous verrons, dans la suite, que des éléments nouveaux viendront faire la
preuve de la perspicacité des autorités d’alors sur cette question.
En 2012, après le changement de régime, les nouvelles autorités du Sénégal ont décidé d’une
démarche plus systématique de réformes de notre système d’enseignement supérieur. Ainsi,
voulant ces réformes inclusives et partagées par tous les segments de la société, le Président
Macky Sall a décidé de l’organisation de la Concertation nationale sur l’Avenir de
l’Enseignement supérieur (CNAES). Concertation dont l’un des objectifs annoncés est de
« trouver le juste équilibre entre le pilotage par les pouvoirs publics et l’autonomie
institutionnelle ». Par ailleurs, dans le but d’asseoir un système d’enseignement supérieur viable
et compétitif, la CNAES, dans son rapport final, est arrivée à la déclaration suivante : « Participe
également de l’ouverture et de l’innovation la mise en place de Conseils d’administrations pour la
gouvernance des universités faisant leur place (paritaire) aux privés, aux dirigeants d’entreprises
et aux autres acteurs de la société. »
Genèse. Le projet de loi cadre a été envoyé aux universités, pour avis et observations, en avril 2011 par le Ministre d’alors en charge de l’enseignement supérieur, le Professeur Amadou Tidiane Ba. A la suite de cela, une concertation a été organisée en décembre 2011 afin de faire la synthèse des contributions et d’élaborer une mouture finale, celle qui a été la base de travail des nouvelles autorités. Continuité de l’Etat oblige, suivant son parcours normal, le projet de loi a été soumis à l’assemblée nationale par le gouvernement après adoption au Conseil des Ministres. Mus par l’intérêt particulier qu’ils portent à l’enseignement supérieur, les députés ont eu à convoquer à plusieurs reprises, le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin d’échanger sur le motif de chaque point du projet de loi. Et c’est au bout de ce processus que l’Assemblée nationale a, le 26 décembre 2014, voté à l’unanimité la loi cadre portant sur les universités publiques du Sénégal.
En 2012, après le changement de régime, les nouvelles autorités du Sénégal ont décidé d’une démarche plus systématique de réformes de notre système d’enseignement supérieur. Ainsi, voulant ces réformes inclusives et partagées par tous les segments de la société, le Président Macky Sall a décidé de l’organisation de la Concertation nationale sur l’Avenir de l’Enseignement supérieur (CNAES). Concertation dont l’un des objectifs annoncés est de « trouver le juste équilibre entre le pilotage par les pouvoirs publics et l’autonomie institutionnelle ». Par ailleurs, dans le but d’asseoir un système d’enseignement supérieur viable et compétitif, la CNAES, dans son rapport final, est arrivée à la déclaration suivante : « Participe également de l’ouverture et de l’innovation la mise en place de Conseils d’administrations pour la gouvernance des universités faisant leur place (paritaire) aux privés, aux dirigeants d’entreprises et aux autres acteurs de la société. »
Pertinence.
Il y a une diversité de modèles de CA à travers le monde, mais dans l’optique d’éviter les inconvénients des extrêmes et de se conformer aux recommandations de la CNAES, l’Etat du Sénégal a adopté une ligne médiane en proposant un CA de 20 membres dont les 10 viennent du monde socioéconomique. Un benchmarking sommaire mais qualitatif, permet d’illustrer cette diversité :
Dans le souci du respect de l’objectif dégagé par la CNAES en matière de gouvernance, à savoir « trouver le juste équilibre entre le pilotage par les pouvoirs publics et l’autonomie institutionnelle », la nouvelle loi crée un Conseil académique dont, pour ce qui concerne l’UCAD et l’UGB par exemple, plus de 70% des membres sont des enseignants-chercheurs, et le pourcentage des membres internes dépasse les 90%. Afin de garantir l’autonomie inaliénable de l’université sur les questions pédagogique et scientifique, la loi stipule que « Le conseil académique est l’organe de délibération de toutes les questions d’ordre académique. A ce titre, il a pour missions le suivi et l’évaluation des aspects scientifique, académique, pédagogique, disciplinaire et de recherche. » En outre, la loi cadre précise que le Conseil académique est chargé :
Par ailleurs, la loi, afin d’éviter toute équivoque, ajoute dans le même article définissant ses prérogatives que « Le conseil académique délibère sur le régime des études et des examens. Il participe à l’élaboration du plan stratégique de développement de l’université, ainsi qu’aux opérations d’évaluation de l’établissement. »
Enfin, disons tout simplement que si notre pays veut s’installer dans la voie du développement, il nous faut opérer des ruptures dans tous les domaines, particulièrement dans la façon de conduire nos universités. Ainsi, serions-nous fiers d’exhiber les rapports d’audit les concernant à la face du monde. Et pour cela, il est impératif d’adopter les meilleures pratiques en matière de gouvernance, et surtout de s’inspirer des universités les plus performantes au monde. Le seul dogme qui vaille est celui qui nous engage, armés de valeurs morales, dans le chemin du développement économique social et culturel de notre pays ; tout le reste doit en déprendre.
Abdou SENE, Janvier 2015
Voici quatre raisons qui me fondent à apporter ma contribution à l’élaboration d’une bonne politique d’enseignement supérieur au Sénégal :
1. Les universitaires sont toujours fiers de rappeler que l’Université est le temple du savoir et de la liberté d’expression et de mouvement. Je suis universitaire.
2. Le développement économique et social ne s’est jamais fait et ne se fera jamais sans l’instauration d’un système d’enseignement supérieur de qualité. Aucun pays développé n’a pu se dispenser de ce critère de performance. C’est ma conviction.
3. L’Université publique a un devoir de résultat vis-à-vis du citoyen qui lui donne ses moyens de fonctionnement pour assurer la formation de ses enfants. Je suis citoyen sénégalais.
4. Que l’on en soit fier ou pas, lorsqu’on est diplômé d’un établissement d’enseignement supérieur, son image impacte à jamais l’évaluation a priori de ses compétences. Or, l’écrasante majorité de ceux qui font tourner l’administration et les services au Sénégal ont été formés, au moins en partie, dans le système d’enseignement public. C’est mon cas.
Fort de cette légitimité, nous nous sentons le devoir autant que le droit de tirer la sonnette d’alarme en ce qui concerne une dérive qui fait s’émousser la qualité de la formation et de la recherche dans l’Université sénégalaise. En effet, le système d’enseignement supérieur sénégalais traverse une période de profondes mutations qui, pour l’essentiel, n’ont pas été réfléchies et décidées par ses acteurs directs, je veux parler de la communauté universitaire. Cette situation nous met dans l’obligation de prendre le train en marche, et de nous impliquer dans sa conduite pour notre survie en tant qu’universitaires, au vrai sens du terme. Aussi, aimerais-je partager un certain nombre de points de vue surtout pour ce qui est des implications pédagogiques.
Depuis 2000, l’état du Sénégal a accru de façon considérable ses investissements sur le plan
infrastructurel, dans le domaine de l’éducation. Cependant, ces investissements souffrent d’un
manque criard de vision globale. En effet, par la création de nombreux lycées et collèges,
l’Etat a occasionné une grave distorsion entre le flux de bacheliers qui arrivent sur le marché
de l’enseignement supérieur et les capacités d’accueil des établissements d’enseignement
supérieur. Depuis la survenue de l’alternance politique au Sénégal, l’augmentation annuelle
moyenne du nombre de bacheliers est 18,56%. Il est passé de 9449 en 2000 à 22439 en 2007.
Cet état de fait nous a conduit à des conséquences telles que :
1. le surpeuplement des amphithéâtres dans les universités publiques, surtout à l’UCAD,
2. la surcharge pédagogique des enseignants-chercheurs qui ploient sous le poids des
heures complémentaires,
3. des mécanismes d’évaluation inadéquats.
L’urgence est donc à la recherche de solutions sérieuses et appropriées à ce problème qui, si on n’y prend garde, risque d’hypothéquer très durablement la qualité de l’enseignement supérieur au Sénégal. En tant qu’acteurs de cet ordre d’enseignement, notre responsabilité – de l’Etat et des universitaires - est lourde et historique. Pour qui veut faire un diagnostic serein et impartial, le constat qui s’impose est que l’UCAD est un cas sérieux, une université malade de sa surcharge. Les règles pédagogiques fondamentales sont universelles parce que tout simplement scientifiques ; certaines conditions de travail à l’UCAD sont inacceptables aussi bien sur le plan pédagogique, que sur le plan purement humain, autant pour les enseignants-chercheurs que pour les étudiants. En guise de remède, ne cédons donc pas à la tentation de bourrage des autres universités pour, par naïveté ou à dessein, les amener à attraper le mal de l’UCAD. Cette université a besoin d’être assistée et redressée et non d’être imitée. Mobilisons nous autour d’elle pour qu’elle retrouve son lustre d’antan qui faisait notre fierté. Mobilisons nous avant que le mal ne se propage sur ses départements restés très performants parce que non encore atteints. Ceci est un acte citoyen qui appelle toute la nation sénégalaise vu l’envergure de l’UCAD dans notre dispositif d’enseignement supérieur.
J’appelle les autorités sénégalaises à assumer pleinement leur part de responsabilité dans cette
situation qu’elles ont largement contribué à créer. Cela devrait leur être naturel eu égard aux
trois principaux objectifs que le Gouvernement, à travers le Ministère de l’Education, s’est 1
assignés pour l’enseignement supérieur, et sur lesquels nous aimerions apporter quelques
commentaires et suggestions :
1. Augmenter l'accès de l'enseignement Supérieur. Le Professeur Moustapha Sourang,
Ministre de l’Education révèle dans le quotidien Walfadjri du 24 juillet 2007 la
décision du Président de la République de créer quatre nouvelles universités. Il s’agit :
de l’Université des Métiers de Saint-Louis, de l’Université des Savoirs de Diourbel, de
l’Université du Commerce, du Transport et de l’Economie de Kaolack, et de
l’Université des Mines, de la Métallurgie et de l’Industrie de Tambacounda. Le
Ministre ajoute que les études, les plans, les maquettes, les terrains (50 à 100 ha sur
chaque site) et le financement d’environ 70 milliards de francs Cfa sont disponibles.
Il y a donc là une opportunité d’augmenter et de diversifier l’accès à l’enseignement
supérieur. Nous ne sommes pas opposé à la création d’une université thématique par
région, mais force est de constater que le système de l’enseignement supérieur n’a pas
http://www.education.gouv.sn/politique/superieur.html 1
encore digéré ses trois nouvelles structures qui sont l’Université de Thiès, l’Université
de Ziguinchor, et le Centre Universitaire Régional de Bambey. De plus, l’Université
Gaston Berger n’a pas encore fini de grandir. La priorité devrait donc être à la mise à
disposition de moyens pour permettre à ces structures de terminer leur période de
gestation et de maturation, dans le respect des normes académiques et pédagogiques.
Par ailleurs, nous pensons qu’il faut mettre à contribution le secteur privé de
l’enseignement supérieur. C’est l’occasion de mettre de l’ordre dans ce secteur en le
réglementant et en octroyant des agréments avec des cotes qui dépendraient des
performances de l’établissement et du respect qu’il voue à la réglementation. Il faut,
par exemple que ces établissements se dotent d’un corps professoral propre. Une fois
les critères d’agrément mis en place, l’Etat pourrait orienter des bacheliers, dont il
prendrait en charge les frais de scolarité, vers les établissements d’enseignement
supérieur privé les mieux cotés. Ainsi, les conditions d’une seine émulation seraient
créées pour une meilleure qualité de formation. Cependant, il ne s’agit pas pour nous
de suggérer la privatisation totale du système d’enseignement supérieur, ne serait-ce
que parce qu’il faut assurer la relève, l’encadrement des futurs Professeurs
d’universités, donc l’activité de recherche. Or, au Sénégal, cette dernière n’est, pour le
moment, assumée que par l’Université publique.
2. Améliorer la qualité. Selon les exigences de la pédagogie universitaire, cet objectif
ne peut être atteint que si le taux d’encadrement des étudiants répond aux standards
internationaux. Rappelons que la qualité dépend aussi de l’environnement de travail,
donc, en particulier, des infrastructures pédagogiques et sociales, et des équipements.
3. Optimiser la gestion des ressources. S’il est un constat général, c’est que
l’enseignement supérieur au Sénégal n’est pas géré de façon cohérente et rationnelle.
Sinon, comment pourrait-on comprendre l’absence d’un cadre institutionnel
permettant la mobilité des enseignants-chercheurs entre les différents établissements
d’enseignement supérieur public du pays, alors que les ressources humaines sont
insuffisantes ? Comment se fait-il qu’un texte de l’UCAD instituant la réforme LMD
(Licence Master Doctorat) se retrouve sur la table de l’Assemblée Nationale, alors que
le Sénégal qui est un petit pays - du moins économiquement, démographiquement et
géographiquement parlant - ne peut s’offrir le luxe d’avoir une réforme LMD par
université ? L’Assemblée Nationale ne devrait voter qu’un seul texte consensuel pour
l’Université sénégalaise, en ce qui concerne le LMD. D’ailleurs, même les grands
pays se dotent d’un texte fédérateur en la matière. En outre, rappelons que le LMD
est, par essence, fait pour promouvoir la mobilité des étudiants entre différentes
universités. A fortiori celles d’un même (petit) pays. Enfin, comment comprendre
l’absence d’un cadre permanent de concertation entre les autorités des différents
établissements d’enseignement supérieur du pays ? Ce cadre doit être institutionnalisé
et pérennisé au-delà des femmes et hommes qui dirigent nos universités actuellement.
S’il est un constat général, c’est que l’enseignement supérieur au Sénégal n’est pas géré de façon cohérente et rationnelle. Sinon, comment pourrait-on comprendre l’absence d’un cadre institutionnel permettant la mobilité des enseignants-chercheurs entre les différents établissements d’enseignement supérieur public du pays, alors que les ressources humaines sont insuffisantes ? Comment se fait-il qu’un texte de l’UCAD instituant la réforme LMD (Licence Master Doctorat) se retrouve sur la table de l’Assemblée Nationale, alors que le Sénégal qui est un petit pays - du moins économiquement, démographiquement et géographiquement parlant - ne peut s’offrir le luxe d’avoir une réforme LMD par université ? L’Assemblée Nationale ne devrait voter qu’un seul texte consensuel pour l’Université sénégalaise, en ce qui concerne le LMD. D’ailleurs, même les grands pays se dotent d’un texte fédérateur en la matière. En outre, rappelons que le LMD est, par essence, fait pour promouvoir la mobilité des étudiants entre différentes universités. A fortiori celles d’un même (petit) pays. Enfin, comment comprendre l’absence d’un cadre permanent de concertation entre les autorités des différents établissements d’enseignement supérieur du pays ? Ce cadre doit être institutionnalisé et pérennisé au-delà des femmes et hommes qui dirigent nos universités actuellement.
Nous sommes persuadé qu’une partie de la solution au problème que nous avons soulevé
pourrait et devrait venir des enseignants-chercheurs pour peu qu’ils en aient la volonté. Nous
pensons que le SAES (Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur) qui a fait de
l’Université sénégalaise ce qu’elle est aujourd’hui, aussi bien en terme de gestion
démocratique que sur le plan de l’attractivité, par la revalorisation de la fonction
d’enseignant-chercheur, a un rôle de premier plan à jouer. Nous dirions même que ce syndicat
a une responsabilité particulière dans la marche de l’Université eu égard au respect que lui
voue la communauté universitaire sénégalaise et africaine, et à ce qu’il nous a habitué à
prendre en charge de manière efficiente et méthodique les problèmes de l’enseignement
supérieur au Sénégal.
Camarades, l’heure est venue de « revendiquer » :
1. Des conditions de travail humaines. Refusons de dispenser des cours dans des
amphithéâtres qui débordent au point qu’une partie de leur contenu se retrouve sur
l’estrade du Professeur et dans les couloirs. Nul n’a besoin d’être expert pour savoir
que ceci est anti-pédagogique. Pour le respect et l’amour que nous devons à notre
métier, pour notre détermination à porter le savoir, sans faux-semblant, dans les
cerveaux que la nation nous a confiés, pour le droit que nous avons à un
environnement de travail simplement humain, arrêtons nous et mettons un terme à
cette situation douloureuse pour qui respecte la transmission du savoir. Certains
m’opposeront le droit d’accès à l’université publique pour tout bachelier sénégalais.
Vous et moi savons bien que nous rendons un mauvais service à ces jeunes innocents
et ambitieux qui se bousculent plusieurs heures avant pour s’entasser comme dans une
boîte de sardines pendant les cours devant un professeur qui ne peut s’épanouir. Chers
collègues, nous savons que quatre années plus tard c’est nous mêmes qui allons
constater et proclamer l’échec de l’écrasante majorité de ces fougueux nouveaux
bacheliers. Camarades, notre statut d’universitaire ne nous autorise pas à dissimuler
cette vérité au peuple sénégalais.
2. La limitation des heures complémentaires. Au-delà d’un certain nombre d’heures de
cours hebdomadaire, la vérité pédagogique voudrait que la qualité des enseignements
soit fatalement mise en péril. De plus, soit dit en passant, il n’y a plus de place pour la
recherche. Or, le SAES a beaucoup fait pour l’amélioration des plans de carrière des
universitaires du Sénégal. Et Dieu sait que l’avancement de l’universitaire sénégalais
est presque exclusivement tributaire de ses résultats de recherche. Ce point n’est
même pas une revendication, c’est juste une honorable décision que les enseignants-chercheurs prendraient de mettre un plafond au nombre d’heures complémentaires que
l’on peut effectuer par année. Il s’agit de proposer un texte réglementant les heures
complémentaires dans le sens surtout de leur limitation, et de l’appliquer même si les
autorités universitaires n’y sont pas favorables. Pour cela, le SAES n’a pas besoin de
partir en grève, il s’agirait pour chaque militant de dispenser un nombre d’heures
complémentaires d’enseignement conforme à la limitation. Cette décision serait
salutaire non seulement du point de vue pédagogique et pour les activités de
recherche, mais aussi pour la résorption du chômage des docteurs et autres titulaires
de qualifications pour l’enseignement supérieur. C’est nous qui les formons, qui les
encadrons jusqu’à en faire des docteurs, donc faisons leur de la place en amenant
l’Etat à les recruter par la limitation de notre charge pédagogique. Nous devons
d’autant plus porter et assumer cette décision que l’Etat ne le fera jamais sans y être
encouragé d’une façon ou d’une autre. La raison en est simple, les heures
complémentaires coûtent sept (7) fois moins cher que le salaire d’un assistant. Ensuite
le deuxième jalon de ce combat serait l’exigence de la limitation du pourcentage du
volume d’heures complémentaires par rapport au volume d’heures global. Ainsi l’Etat
serait-il contraint de créer des postes d’enseignants-chercheurs pour l’Université.
3. Le réajustement de notre philosophie d’évaluation. Si nous sommes d’accord sur le
principe que la note de l’étudiant est déterminée non seulement par les efforts qu’il a
fournis mais aussi, par la qualité de l’enseignement qui lui a été dispensé, par
l’épreuve à laquelle il a été soumis, et par la façon dont son travail a été évalué, alors il
y a une co-responsabilité entre l’enseignant et les apprenants, au moins en ce qui
concerne la moyenne globale d’une classe. Il serait donc normal que, comme dans
certains pays du Nord, lorsque la moyenne d’une classe après évaluation est
catastrophique, un rapport soit produit par l’évaluateur pour situer la racine du
problème - qui pourrait être dû à chacun des facteurs cités ci-dessus - et y apporter une
solution. Ce problème est d’autant plus préoccupant que le mal dans nos universités,
particulièrement celle de Dakar, est que le transit universitaire est trop long, surtout au
niveau du DEUG. Ce qui crée un goulot d’étranglement et une massification des
effectifs du DEUG, due à des échecs répétitifs. Par conséquent, le flux entrant est de
loin supérieur au flux sortant. Attention ! La pédagogie de la réussite ne doit pas nous
amener non plus à attribuer des notes non méritées à des étudiants. Formons les bien et
évaluons les bien ; du point de vue pédagogique, ils ne demandent pas plus pour
réussir.
Chers camarades, le SAES a mené et remporté des combats beaucoup plus ardus que ceux auxquels je vous invite. Pour ne citer que sa dernière grande mobilisation, notons que la lutte du SAES contre « la fuite des cerveaux » a non seulement permis le maintien mais surtout le « retour des cerveaux ». Faisons leur de la place aussi. Camarades, prenons sur nous de rectifier le tir avant que l’injonction ne nous en vienne du dehors. Cela ne fera que nous grandir davantage, et nous le devons à l’Université.
Chères autorités étatiques, chers collègues ma conviction est que beaucoup d’étudiants qui auraient pu obtenir un diplôme et intégrer le monde du travail ont été éjectés du système de l’enseignement supérieur sénégalais à cause de conditions de travail calamiteuses et/ou d’un système d’évaluation inapproprié. Réagissons donc en responsables et allons tous, en citoyens consciencieux, au chevet de l’UCAD. Réagissons avant que notre système d’enseignement supérieur, qui a été depuis 1957 dignement porté par l’UCAD, et que les meilleurs bacheliers africains aspiraient à intégrer, ne s’effondre. Que l’Université Gaston Berger, que les nouvelles universités tirent les enseignements du mal qui gangrène l’UCAD en proposant des voies alternatives !
Abdou SENE, Mai 2008